N° 123 août 2014download_icon.gif

ZOOM SUR UNE RÉGION DE GENÈVE : VERSOIX

Édito :
devenir propriétaire: mission impossible?


Par Anne Hiltpold

 

Comme nous vous l’expliquions dans notre dernier numéro d’Immoscope, notre association a été amenée à écrire à Mme la Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf pour solliciter qu’aucune nouvelle mesure visant une res- triction du crédit hypothécaire ne soit prise sans une évaluation transparente des actions déjà entreprises. Il nous a été assuré qu’il serait tenu compte de nos demandes dans le cadre d’une éventuelle consultation.


Depuis lors, l’Association suisse des banquiers a décidé de durcir ses règles d’autorégulation pour les financements hypothécaires. Ces nouvelles exi- gences ont trait à la réduction de la période d’amortissement du 2e rang (de 20 à 15 ans), à l’application de la valeur de gage la plus basse lors de l’évaluation du bien et à l’exclusion des revenus du conjoint au moment de l’évaluation de la capacité financière, s’il n’est pas codébiteur.


Ajoutées aux restrictions apportées en juin 2012 (apport d’un minimum de 10% de fonds propres non issus de la prévoyance professionnelle) et septembre 2013 (exigences renforcées de fonds propres des banques), ces directives restreignent drastiquement les possibilités des familles de la classe moyenne d’accéder à la propriété.

 

Pire encore, le Conseil fédéral envisage désormais de supprimer la possibilité de retirer son avoir de prévoyance professionnelle sous forme de capital pour financer l’acquisition d’un bien immobilier pour y faire son logement, au motif que certains citoyens sont amenés à solliciter l’aide sociale au moment de leur retraite vu l’absence de leur 2e pilier...

 

Nous déplorons vivement cette décision, qui va clairement priver la classe moyenne d’accéder à l’acquisition de son logement.

 

A l’heure où Genève vient de voter une loi passablement combattue mais qui ralliait tous les bords politiques de par son objectif : favoriser l’accession à la propriété de la classe moyenne, nous craignons que l’accession à la propriété ne devienne plus que mission impossible !

 

En effet qui pourra financer 20 % du prix d’acquisition par ses seules économies ?

 

Une famille souhaitant acquérir un appartement de 5 pièces en zone de développement au prix de CHF 900’000.- devra trouver près de 200’000.- de fonds propres (en incluant les frais d’acquisition), pour autant que ses moyens lui permettent encore d’assurer les intérêts hypothécaires et les amortissements de son emprunt. Rien que pour bénéficier des fonds propres, un couple d’une quarantaine d’année devra avoir économisé presque CHF 1000.- par mois durant 20 ans pour obtenir une telle somme !

 

En réalité, la classe moyenne genevoise n’est pas en mesure de mettre autant de côté pour envisager un jour de devenir propriétaire.

 

Alors que l’investissement dans la pierre est une forme de prévoyance assez sûre (surtout en zone de développement où les prix sont contrôlés par l’Etat), la mesure envisagée par le Conseil fédéral nous semble totalement inoppor- tune. Nous la combattrons, afin que l’accession à la propriété reste dans le domaine du possible pour les nombreux ménages genevois qui tendent à ce but, en particulier ceux de la classe moyenne.