N° 128 mai 2015download_icon.gif

ZOOM SUR UNE RÉGION DE GENÈVE : LES GROTTES

Édito

La prospérité, pour toujours ?


Par Christophe Aumeunier


En mars 2013, le peuple suisse a accepté une première modification de la loi sur l’aménagement du territoire (LAT). Les dispositions fédérales y relatives sont entrées en vigueur en juin 2014. Elles préconisent de limiter les zones de construction et exigent la révision des plans directeurs cantonaux.


Comment expliquer alors que le Conseil fédéral mène déjà une procédure de consultation sur une seconde révision de la LAT dont l’objet principal est de rendre intangibles les surfaces d’assolement (ce en quoi il faut comprendre les surfaces agricoles arables) ?


Sur quelle légitimité peut donc bien reposer l’inscription dans le marbre du fait que notre canton devrait conserver le tiers de sa superficie totale – y compris le lac – pour des réserves de terres agricoles, servant à assurer un approvisionnement en cas de crise ? Qu’ainsi, il ne pourrait quasiment plus créer d’espaces nouveaux dévolus aux infrastructures, aux activités économiques et aux logements ? Sur la volonté de préserver les zones agricoles ? Sûrement. Mais qu’en est-il alors de la position de l’Union suisse des paysans qui refuse ce projet, motif pris qu’il est trop rigide et donc handicapant pour l’agriculture ?


La légitimité de ce projet, je crains que nous la trouvions uniquement dans l’excès qui caractérise notre politique nationale faite de lenteurs coupables et de réactions disproportionnées. Les exemples ne manquent malheureusement pas (régulation de la place financière, politique monétaire, politique du logement, droit du bail…). Genève est le canton qui connaît la plus forte création d’emplois en Suisse. Il est le troisième contributeur à la péréquation des ressources entre cantons, mais aussi le troisième canton en termes de PIB par habitant et ce, devant Zurich. Pour accompagner son développement, il est le seul canton qui connaisse depuis 2012 l’institution de densités minimales en zone de développement, celui qui favorise les surélévations, celui qui encourage la transformation de bureaux vides en logements et celui dont la ville est la plus dense de Suisse. L’étalement urbain n’est pas de mise à Genève.


Nous imposer, sans discernement de ces conditions particulières, une chape de plomb sur le développement raisonné que nous menons, c’est assurément porter atteinte à la prospérité du pays. Ainsi, notre association refuse le projet de seconde modification de la LAT.