N° 137 décembre 2016download_icon.gif

Enregistrer

ZOOM SUR UNE RÉGION DE GENÈVE : LA RADE

Édito

Densité et qualité toujours sur le métier

Par Christophe Aumeunier

PLa densité est le rapport entre les mètres carrés de plancher construits et les mètres carrés qui forment la parcelle sur laquelle un bâtiment est érigé. Lorsque ce rapport est égal à 1, cela signifie que l’on a construit 1 mètre carré de plancher pour chaque mètre carré de la parcelle qui accueille l’immeuble. Cette densité est faible lorsque l’on se situe en milieu urbain. Ainsi, l’élaboration par la Ville de Genève à Châtelaine, au droit de transports publics puissants de plans localisés de quartier qui comportent une densité de 1,3 ou 1,4 est, selon moi, une hérésie. Cette situation est particulièrement choquante lorsque l’on pense que des ensembles Braillard construits au début du siècle comportent des densités qui vont jusqu’à 3 (presque 3 fois plus de logements !) et dont la qualité est reconnue puisque un très grand nombre de Genevois souhaitent y habiter. Aux voix qui s’élèvent pour impliquer la densité dans le sentiment d’insécurité, il convient de répondre que la qualité de ces ensembles concourt manifestement à l’absence de sentiment d’insécurité.


La parabole est cruelle pour les services de l’urbanisme de la Ville et de l’État. Il semble que l’on était plus enclin à favoriser des liens sociaux intenses et plus respectueux de la rareté du sol lorsque les normes urbanistiques étaient minimales. De même, un grand nombre d’immeubles catégorisés comme remarquables ne seraient sans doute pas autorisables à l’aune de notre arsenal règlementaire. Aujourd’hui, l’on ne réfléchit plus que par normalisation et contraintes administratives. L’appauvrissement de la réflexion est inéluctable et elle péjore souvent la qualité.


L’économie du sol est un devoir de responsabilité envers les générations futures tandis que la qualité est une exigence à laquelle nous devons prétendre
immédiatement. La densité et la qualité sont donc indissociables. Les communes pourraient avoir un rôle encore plus important dans le processus de développement de notre canton. Elles pourraient se charger d’établir des images directrices des périmètres à urbaniser tout en respectant les objectifs quantitatifs et temporels du canton. Les communes sont en effet les mieux à même de connaître leurs besoins en équipements publics, d’imaginer les liens même tranchés entre le bâti existant et les immeubles neufs et de favoriser l’émergence de commerces. En bref, elles sont mieux à même de proposer des réalisations qui répondent à la demande de leurs administrés.


La modification de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire adoptée par le peuple le 3 mars 2013 exige la réalisation d’ensembles compacts. À défaut, elle prévoit la sanction exercée par les autorités fédérales de ne plus autoriser de déclassements. L’exemple cité plus haut de densité de 1,3 à 1,4 en plein centre-ville est symptomatique. Lorsque je m’en suis offusqué, il m’a été répondu que ces densités correspondaient aux exigences minimales contenues dans le Plan directeur cantonal. C’est navrant.


Notre responsabilité est donc de proposer de modifier ces valeurs dans le Plan directeur cantonal. Je vais m’y employer.